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La fille du seigneur et le lépreux.

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Baudouin-IV-sur-le-champ-de-bataille

Ce récit est le type même de la légende historique.

Tous les personnages ont existé.

C’est un fait divers: la construction de la léproserie  de Bolleville  auréolée  de merveilleux.

Il était une fois , un pauvre lépreux qui vivait dans le bois de Limors, sans famille, sans foyer, rejeté de tous. Son aspect livide, ses yeux mi-clos, son visage couvert de taches en faisait un objet de dégoût. cet homme n’existait plus aux yeux des vivants, car avant d’avoir été rejeté, il avait dû se présenter à l’église de Varenguebec et là, agenouillé sur les dalles froides on lui avait chanté sa messe de Requiem ce qui voulait dire qu’il avait été rayé de la société des vivants.

Il était là, immobile, assis sur une souche profitant des premiers rayons du soleil du printemps . Des exclamations, des rires jeunes et joyeux le tirèrent de sa torpeur et une voix rude d’écuyer lui dit plein d’arrogance

 »Va-t’- en d’ici et vite ! qu’as tu fait de ta crécelle?  »Mais le malheureux avant d’avoir été un moribond à l’aspect hideux avait été un fier seigneur du nom de Taillefer et avait combattu dans les rangs de Guillaume à la bataille d’Hasting.

 »Je suis ici chez moi , c’est au vivant de ne point troubler le repos des morts »

-Misérable insolent, si je ne craignais pas ton contact !

-Silence Ranuphe intervint une voix de femme  avec un ton qui ne tolère point de répliques.

Du groupe bruyant de seigneurs et de nobles dames, débouchant de l’allée des Flories, le lépreux vit la jeune fille qui venait de parler, il eut la vision d’un ange tellement elle était belle.

- Ce n’est pas avec les faibles mais avec les puissants qu’il est courageux de parler avec hauteur ! Ce disant, elle toisait avec un air méprisant tous ces Seigneurs qui blêmes et suant de peur se retiraient avec dégoût .

-Mais, ne savez vous pas qu’il y a danger lui dit son fiancé le prince David ?

-Partez si vous avez peur répondit-elle. Le lépreux tressaillit et dit :

-Pardonnez moi, madame, , depuis deux ans, nul ne s’est approché de moi, j’ai cru que le ciel s’ouvrait à votre apparition, excusez moi, je vais partir.

-Ne vous éloignez pas et s’il vous est agréable de converser avec quelqu’un de vos semblables, parlez, ne fuyez point.

Le malheureux laissa couler ses larmes devant tant de bonté et la jeune fille en se penchant lui dit : je m’appelle Gilette puis, sautant brusquement en selle , elle enleva d’un coup de cravache son bel Alezan, et sans se soucier de son fiancé, elle disparut en direction du château de Varenguebec.  En chemin, alors qu’elle voyait déjà les remparts et les tours carrées de la demeure Seigneuriale , elle songeait qu’elle n’avait que richesses , puissance et beauté, mais aujourd’hui, son cœur avait vu la malheur et sa pensée revenait vers ce cadavre ambulant qui s’était dressé devant elle.

Le Comte Guillaume de Vernon, son  grand père qui lui donnait son affection en l’absence de ses parents souvent retenus à la cour Ducale, la voyant triste et soucieuse lui demande l’objet de sa peine.

-Je ne veux plus épouser le prince David !

-Si le prince David ne vous plaît plus, nous lui rendrons sa parole et nous reprendrons la nôtre !

-Vous êtes le bonté même. J’ai rencontré cet après midi  un pauvre lépreux , ce qui m’a donné à réfléchir. J’ai tout, ils n’ont rien : laissez moi partager . Vous vouliez me constituer une dot Royale , donnez  moi cet or,  donnez moi dans vos forêts une clairière  et j’y ferai élever un hospice pour lépreux afin que ces hommes dont le corps meurt lambeau par lambeau ne soient plus isolés , pour qu’ils finissent leurs jours plus agréablement réunis les uns avec les autres.

-Et puis?

-Et puis, je vivrai avec ces parias !

-Avec ces lépreux ? Dis moi que ça n’est pas vrai,  que je suis fou ! Et devant le regard rivé au sien, il se souvint qu’un jour il avait tout quitté, famille, épouse et enfants pour aller prendre la route des croisades.

La volonté de la jeune fille et le consentement du Comte de Vernon firent qu’on éleva sur le fief des seigneurs de Varenguebec la léproserie de Bolleville.

D’après la nouvelle de P.Hostingues Desplanques

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